Diaspora France: Alain Mabanckou et Jackson Babingui sur la scène du Tarmac grâce à Ziana TV

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Dimanche 16 décembre 2018, le public s'est déplacé en masse, au Tarmac, pour écouter Alain Mabanckou. L'écrivain avait pris rendez-vous avec ses lecteurs pour échanger autour non seulement de son œuvre mais aussi sur toutes les questions qui touchent de près ou de loin le Congo. L'événement s'annonçait grand et le public est reparti satisfait. Le temps d’un après-midi, Le Tarmac a été le théâtre d’échanges et de partages fructueux entre Alain Mabanckou et le public. Une rencontre inédite, retransmise en direct sur Ziana TV, la webtélé qui a rendu ce moment possible, dans un lieu culte pour recevoir les passionnés du livre, journalistes, admirateurs et écrivains de la diaspora.

 

Même si l'enthousiasme du public a été un tout petit peu entaché, par l’inexorable attente de l'auteur, celui-ci a finalement été atténué par la belle prestation de Jackson Babingui, qui présentait un extrait de son album hommage à Jacques Loubolo. Puis Valérie Baran a pris le relais présentant l'institution qu'elle dirige depuis maintenant 14 ans. Heureuse et fière de recevoir Alain Mabanckou dans ses locaux dont les perspectives ne sont pas très bonnes. ‘’Nous sommes sur le coup d’une décision extrêmement brutale et délétère puisque nous avons appris le 31 janvier dernier que le ministère de la culture souhaitait fermer définitivement ce lieu, qui est le seul théâtre francophone en France. Nous avons énormément lutté, nous nous sommes bagarrer et nous avons obtenu de poursuivre notre saison. La saison se déroule de la rentrée scolaire jusqu’aux vacances scolaires. C’est-à-dire que nous avons encore six mois d’existence. Nous avons le bonheur d’accueillir des artistes. Mais, pour l’instant, en attente de la décision du nouveau ministre de la culture, nous sommes plutôt dans la perspective de la fermeture de cette maison. Nous continuons notre activité dans l’angoisse de vois tout ça se terminer assez vite.’’

Jackson Babingui lors de sa prestation

Une attente qui en valait finalement la peine puisque le public a pu discuter, échanger et assouvir sa curiosité en toute convivialité avec l’auteur des "Cigognes sont immortelles". Ce fut aussi une rencontre artistique puisque avant de commencer le voyage sur son ouvrage, Cedric Mpindy, du groupe Ballade des Idées, s'était adressé à l’auteur par des mots qui, faisant parfois référence aux titres des ouvrages de l’auteur, ont résumé sa carrière, sa personnalité et son aura. Des mots sincères, sans flatterie, qui montrent à quel point l'auteur de "Verre Cassé" est une fierté pour les congolais en particulier et les africains en général. Des mots que l’écrivain a appréciés sans parvenir vraiment à dissimuler son émotion.

‘’Je ne sais pas si je dois répondre à cette sanctification [rires]. Ce qui est bien c’est que je me suis toujours dit que quand on parle de moi en des termes si élogieux, la meilleure façon d’être humble est de penser qu’on parle de quelqu’un d’autre que je ne connais pas. Dès que j’entends que ça me concerne, j’imagine que lui c’est un écrivain, il a écrit les livres et moi, c’est le gamin de Pointe-Noire.’’

Un rendez vous ou l'auteur s'est aussi prêté au jeu de questions-réponses alliant comme à sa coutume, son légendaire sens de l’humour. Ce qui bien évidement a suscité applaudissements et cris de la part du public.

En outre, si plusieurs questions ont été abordées, une belle palette a porté essentiellement sur la préservation du patrimoine congolais, du manque de reconnaissance du pays envers ceux qui lui font honneur. ‘’La valorisation du patrimoine culturel congolais consiste à répertorier l’ensemble des éléments de notre patrimoine qui pourraient être emblématiques et représentés le Congo du nord au sud et de l’est à l’ouest sans esprit partisan. C’est aussi répertorier tous les artistes qui sont dans l’ombre et qui font des œuvres qui sont souvent pillées et vendues à des prix exorbitants dans les musées occidentaux tandis que ces créateurs croupissent dans la misère et la galère. La valorisation passe aussi par la reconnaissance des édifices, bâtiments et monuments.’’

 

Il a ensuite encouragé la jeunesse en les prodiguant des conseils, notamment sur l’effort et le travail. ‘’A la jeunesse, il faut donner des bons exemples. C’est tout ! Si l’enfant me voit voler dans un magasin Christian Dior, il va voler. Le grand-frère a volé, c’est normal et en plus il est devenu riche.’’ Mais le temps fut court et malgré la bonne volonté de l'auteur celui-ci n’a pu répondre à toutes les questions du public. Cela n’a pas empêché le public d’apprécier la présence de l'écrivain et à se ruer sur son dernier livre, "Les cigognes sont immortelles".

Notons que ce livre aux couleurs politiques parle d’une période importante de l'histoire du Congo. Il évoque en substance l'assassinat de Marien Ngouabi, le déroulement des événements de 1977 par le regard de Michel, le jeune héros de "Demain j'aurai 20 ans’’.

Ziana TV et Alain Mabanckou ont réussi l’exploit de réunir au même endroit la diaspora congolaise. Le temps d’un après-midi, les contradictions ont été oubliées pour se pencher sur notre bien commun le plus important : le Congo. Quand on aime ce pays, on ne peut s’empêcher d’aimer ses plus illustres enfants. Alain Mabanckou en est un. Et le public a tenu à le lui montrer. ‘’Si j’existe aussi c’est grâce à la confiance que vous m’accordez tous. Grâce aussi au fait que les congolais peuvent se reconnaitre dans ce que j’écris parce que je ne suis qu’un pilleur de rêves, le greffier de la vie du Congo. Sans les aînés, Ngoïe-Ngalla, Tchicaya U Tam’Si, Sony Labou Tansi, Dongala, Lopes ou Bemba, qui m’ont précédés et auxquels je voue une admiration sans borne, nous ne serions pas ce que nous sommes. Nous sommes la génération qui essaie de les rendre fiers.’’