Il y a quelques semaines, j’avais rendez-vous avec Bantunani, un artiste que je ne connaissais pas. C’est son attachée de presse qui m’avait contacté via LinkedIn et nous avons convenu d’un rendez-vous au Comptoir général, ‘’un bar dans un hangar avec baie vitrée, meubles chinés, décor et boissons aux touches coloniales et petite cour’’ dans le 10e arrondissement parisien. Je ne connaissais pas non plus ce bar. Dans le cadre de la présentation de ‘’Musicalist’’, son 8e album, l’artiste avait un show-case sur place. Il m'avait envoyé les supports nécessaires pour m'aider à préparer mon interview.

En un après-midi, j’avais découvert un endroit charmant et fait connaissance avec un artiste attachant, plein de convictions et au discours très engagé. En guise de bienvenue, il me parla en lingala, et chose étonnante, sa pratique de la langue était si impeccable que j'eu du mal à croire qu'il vivait en Europe depuis l’âge de 6 ans (En tous les cas, il s'exprimait mieux que moi). Le contact fut facile avec Bantunani, alias Michel Nzau Vuanda, et j'eus tout suite l’impression que nous nous connaissions depuis toujours alors que c’était la première fois que je le voyais. ‘’Je suis africain et quand je dis que je suis africain, je me sens africain, je me sens bantu, j’ai l’instinct bantu et quand je te vois, il y a un vent, il y a quelque chose qui me dit ‘’c’est mon frère’’ souligne l’artiste. Ce n'était pas un journaliste et un artiste qui se rencontraient, mais plutôt deux frères, qui se découvraient et partageaient un bon moment ensemble. Avant de commencer, il m'avoua qu’il s’était lui aussi documenté sur moi et était intéressé par ce que je faisais, ce qui bien évidemment l’avait poussé à accepter l'interview. Je fus agréablement surpris et mon estime pour l’homme augmenta. La suite allait le confirmer.

Pendant une demi-heure, il a parlé non seulement de ‘’Musicalist’’, mais aussi de de Nu Rumba et de la situation de la musique congolaise actuelle. ‘’Musicalist’’, un album composé en un an et demi qui fait une synthèse musicale de ce qu’on a pu obtenir en 10 ans de groove. ‘’Musicalist’’, c’est le musicien s’autopsychanalyse’’ explique Michel (c’est comme ça que j’avais résolu de l’appeler. C’est mon frère après tout !) avant d’ajouter ‘’j’essaie de faire une synthèse entre musique consciente et musique dance flow dansante qui néanmoins, reste dans le cahier de charges de la Nu rumba. Je pense, je danse donc je suis.’’ La danse et la musique comme moyens d’affirmation de son identité et de sa culture. Bantunani a trouvé en la Nu Rumba le canal idéal pour cela. Un concept est né en 2006 lors d’un banal repas dans un restaurant congolais de Paris où l’artiste avait ses habitudes. Et là, en écoutant un musicien jouer du Docteur Nico, il a commencé à écrire et en a fait part à Umberto Luambo, petit-fils de Franco. Ainsi est née la Nu Rumba. ‘’La Nu Rumba est une façon d’exprimer la rumba que j’ai connue dans mon enfance. Avec la rencontre avec Umberto Luambo ou Johnny Pululu. J’essaie de travailler ça de façon plus funky, plus urbaine et surtout d’apporter un groove vindicatif, dire que l’homme noir est là. Je veux surtout dire à ma génération, celle qui est amené à apporter une nouvelle lumière au Congo, on doit vivre l’afropolitain sans complexe. Danser, parler, s’investir, s’engager, s’impliquer. Il n’y pas d’erreurs quand on est jeune. Il n’y a que des choses qu’on rate. Tous les jours, je rate des choses. Il faut toujours être nietzschéen, ce qui ne nous tue pas, nous rend plus fort’’ affirme avec passion Michel Nzau Vuanda.

Comme un symbole, ce 8e album, ‘’une musique dynamique qui avance qu’il faut entendre’’, marque le début d’un nouveau cycle. ‘’L’infini, cycle de non-retour ; j’ai voulu regarder le monde, guerre, injustice, Afrique. Je dis aux artistes africains, il ne faut pas uniquement s’amuser il faut aussi dire des mots, il faut témoigner’’ explique-t-il.

Pour ce 8e album, deux ans après le 7e, l’artiste avait l’obligation de se réinventer. 22 titres parce qu’il avait à dire et à chanter. Il avait surtout un message à passer sur la situation du Congo et de l’homme noir. Il estime que l’on devrait montrer aux enfants des vrais modèles. Pour lui, Cheikh Anta Diop, Patrice Lumumba ou Bob Marley sont des exemples à suivre.

‘’L’homme noir n’est pas n’importe qui et n’importe quoi. Si on n’en a pas la conscience, si on n’a pas cette connivence avec l’universalité, avec la grammaire complexe qui est de créer la musique, nous sommes perdus. Nous congolais avons la chance de l’avoir en nous. Il faut l’exploiter à bon escient. L’artiste est un journaliste reporter, mais il doit le faire avec des mots rythmés, des lyrics c.-à-d. on doit porter une nuance musicale à cette tragédie qui se passe en RDC. L’artiste ne peut pas être le salarié du pouvoir. Aujourd’hui, je vois des artistes congolais qui sont des salariés du pouvoir. Quand ce n’est pas le chanteur, c’est le pasteur. On a un pays où on a le choix entre danser et prier. A quand la conscience finalement ?’’

Je ne pouvais pas discuter avec Michel sans lui demander son avis sur l’état de la musique congolaise actuelle. Son regard sur la production actuelle est loin d’être complaisant. ‘’Je ne me retrouve pas actuellement parce que je n’entends que cacophonie, j’entends des égos, des grands ‘’moi, je’’, des guerres ethniques, des guerres de tribus, des clans. Je ne vois pas le message fraternel et universel de la musique, je ne vois pas de la création artistique. Je ne vois pas l’homme qui dérange. Il y a pourtant du génie. Mes grands frères qui sont encore au pays ont l’obligation d’être consistants. Ce qu’on a fait pour Bantunani, on l’a fait tout seul et on s’est battu. La musique est très dure quand on peut tendre la main on le fait, il faut qu’on soit consistant’’

Enfant de l’immigration, sa famille a quitté la RDC au début des années 80, a vécu au Portugal et en Italie avant de s’établir en France, Michel est un afropolitain sans complexe qui estime qu’on se construit avec son parcours et qu’il faut entendre ce que le cœur dicte. Dans sa démarche artistique, Michel accorde plus d’importance à la musique et moins à la vidéo, il pense que ‘’le clip enrichit trop l’ego de l’artiste, je veux garder une part de mystère. Un artiste c’est beaucoup de silence, d’errance et de solitude’’. Un loup solitaire qui s'exprime quand il le faut et se distingue des autres musiciens en faisant une musique sans fioriture, loin des étalages vestimentaires qui est devenue la marque de fabrique de plusieurs musiciens congolais.

L’interview s’est conclue par "avoir deux pays portant le nom de Congo est une aberration pour moi’’. Un état de fait illustré par nous deux personnes. Michel Nzau Vuanda est né à Kinshasa et je suis né à Brazzaville. Les deux capitales les plus rapprochée au monde. ‘’Kinshasa na Brazza ezali mboka moko, kaka ebalé ekabola biso’’ (Kinshasa et Brazzaville sont une même ville. Seul le fleuve nous sépare) chantait Bozi Boziana dans ‘’Kinshasa-Brazza’’ en 1987.

C'est sur cette note que cette interview pris fin avant de continuer de l’entretien en off autour d’une bonne bière (entre frère c’était inévitable).

L'artiste Sheryl Ngambo - Image DR

Injuriée, traitée de tous les noms parce qu'elle chante en mbochi, l'artiste congolaise Sheryl Gambo sort de sa réserve pour dénoncer ces comportements tribalistes qui ont cours au Congo. Dans un post publié sur son profil Facebook, Sheryl Gambo retrace son histoire et dit son admiration pour les aînés qui avant elle on valorisé les langues maternelles pour magnifier la musique congolaise. "Je réalise qu’on ne me regarde pas comme une simple artiste chantant en lingala, en français, en mbochi, la langue de mes parents, comme l’ont fait mes aînés Angélique Kidjo,Tshala Muana, Baaba Maal, Rapha Bounzéki, etc". Récit.

Hugh Masekela est parti. C’est ce qu’a annoncé sa famille ce matin. L’an dernier, à 77 ans, il avait dû annuler ses concerts, pour se consacrer à la lutte contre le cancer qui l’avait attaqué. Lutteur, Masekela l’aura été sa vie durant. Et c’est tout autant son génie musical que son infatigable militantisme qui font de lui un géant. On retrace son parcours en quelques morceaux.

Dans les années 50, à Johannesbourg, il joue avec l’un des plus fameux groupes de jazz : les Jazz Epistles, où figuraient le pianiste Abdullah Ibrahim, et le saxophoniste Jonas Gwangwa. En 2016, les trois se réunissaient, 60 ans plus tard, lors des cérémonies commémorant le quarantième anniversaire des émeutes de Soweto.

Au début des années 60, il part pour étudier à Londres mais embarque assez vite pour les Etats-Unis, où il fréquente Miles Davis et Dizzy Gillespie. Harry Belafonte le prend sous son aile.

La comédie musicale King King, qui rend hommage à un boxeur noir, quitte l’Afrique du Sud pour partir en tournée internationale. Miriam Makeba est du voyage, elle y prend le rôle titre. Masekela y joue la trompette solo. Les deux stars sud-africaines se marient.

Pour lire la suite: http://pan-african-music.com

L’année 2018 a commencé de façon tragique pour la culture congolaise et la musique en particulier. En effet, le 10 janvier dernier, la nouvelle du décès de Nzongo Soul était tombée. L'artiste a été retrouvé sans vie dans son appartement parisien. Les circonstances du drame ne sont pas encore connues. A 62 ans (Il aurait eu 63 ans en mai prochain), le créateur de la Musicosophie, également le titre de son dernier album sorti en 2009, laisse un vide dans les cœurs des mélomanes même si son nom n'évoquait pas grand-chose pour les moins de 30 ans. Ils n’ont malheureusement pas connu cet artiste dans sa période de gloire.

Nous sommes dans au début des années 80, lorsque déboule sur les écrans de la télévision nationale un jeune home d’une vingtaine d’année à l’accoutrement atypique : cheveux longs, combinaison rouge, bottes de cow-boys et sifflet d’arbitre autour du cou. De taille moyenne, visage grave, comme taillé dans du rock, Nzongo Soul était facilement identifiable dans les rues de Brazzaville. Son style musical le distinguait aussi des autres ! Alors que le paysage musical congolais était dominé par la rumba, il allait proposer autre chose et prendre une direction à contre-courant. Une sorte de souffle nouveau, un vent de fraicheur qui allait séduire le public et bousculer les habitudes : la walla moderne était né. Des sonorités traditionnelles kongo intelligemment mélangées à ses influences extérieures (il écoutait beaucoup du Blues, du R’N’B ou de la Soul). A la surprise générale, le public avait adhéré au concept. Sans le savoir, l’enseignant musicien, diplômé des ponts et chaussées, révolutionnait la musique congolaise.

Lorsqu’il reçoit, à Brazzaville, le Prix Découvertes Rfi en 1984 ; Nzongo Soul s’ouvre les portes de l’international. Il s’installe à Paris et interprète à ‘’Noir et Blanc’’, la chanson hommage à Mandela, avec Bernard Lavilliers. Même s’il se contente de répéter juste cette phrase ‘’Po Na Ba Mboka Nionso Pe Na Pikolo Nionso’’, Wa Semo (l’oint en lari), frappe les esprits. Commence alors pour lui la période le plus faste de sa carrière. Il est de toutes les scènes, de tous les projets musicaux parisiens et il est sollicité de partout. Seulement, elle ne dure pas bien longtemps. Comme un avion perdu, Nzongo Soul disparaît des radars du grand public. Seuls quelques passionnés suivent son actualité. Plus tard, on saura qu’il avait décidé de plus enregistrer d’album jusqu’à Musicosophie, son dernier album, fruit d’une reconstruction qui a nécessité près d’une décennie.

Entre temps, le fougueux jeune homme avait fait place à un adulte assagi lancé dans une quête spirituelle. Il prônait un retour à la spiritualité africaine et lance le concept Musicosophie un alliage entre musique et philosophie. La providence ne lui aura donné permis d’expliquer ce concept au monde entier. Sa vie s’était arrêter un mercredi hivernal très loin de la terre des ancêtres.

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