Wa Semo rejoint la terre des ancêtres

Musique
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L’année 2018 a commencé de façon tragique pour la culture congolaise et la musique en particulier. En effet, le 10 janvier dernier, la nouvelle du décès de Nzongo Soul était tombée. L'artiste a été retrouvé sans vie dans son appartement parisien. Les circonstances du drame ne sont pas encore connues. A 62 ans (Il aurait eu 63 ans en mai prochain), le créateur de la Musicosophie, également le titre de son dernier album sorti en 2009, laisse un vide dans les cœurs des mélomanes même si son nom n'évoquait pas grand-chose pour les moins de 30 ans. Ils n’ont malheureusement pas connu cet artiste dans sa période de gloire.

Nous sommes dans au début des années 80, lorsque déboule sur les écrans de la télévision nationale un jeune home d’une vingtaine d’année à l’accoutrement atypique : cheveux longs, combinaison rouge, bottes de cow-boys et sifflet d’arbitre autour du cou. De taille moyenne, visage grave, comme taillé dans du rock, Nzongo Soul était facilement identifiable dans les rues de Brazzaville. Son style musical le distinguait aussi des autres ! Alors que le paysage musical congolais était dominé par la rumba, il allait proposer autre chose et prendre une direction à contre-courant. Une sorte de souffle nouveau, un vent de fraicheur qui allait séduire le public et bousculer les habitudes : la walla moderne était né. Des sonorités traditionnelles kongo intelligemment mélangées à ses influences extérieures (il écoutait beaucoup du Blues, du R’N’B ou de la Soul). A la surprise générale, le public avait adhéré au concept. Sans le savoir, l’enseignant musicien, diplômé des ponts et chaussées, révolutionnait la musique congolaise.

Lorsqu’il reçoit, à Brazzaville, le Prix Découvertes Rfi en 1984 ; Nzongo Soul s’ouvre les portes de l’international. Il s’installe à Paris et interprète à ‘’Noir et Blanc’’, la chanson hommage à Mandela, avec Bernard Lavilliers. Même s’il se contente de répéter juste cette phrase ‘’Po Na Ba Mboka Nionso Pe Na Pikolo Nionso’’, Wa Semo (l’oint en lari), frappe les esprits. Commence alors pour lui la période le plus faste de sa carrière. Il est de toutes les scènes, de tous les projets musicaux parisiens et il est sollicité de partout. Seulement, elle ne dure pas bien longtemps. Comme un avion perdu, Nzongo Soul disparaît des radars du grand public. Seuls quelques passionnés suivent son actualité. Plus tard, on saura qu’il avait décidé de plus enregistrer d’album jusqu’à Musicosophie, son dernier album, fruit d’une reconstruction qui a nécessité près d’une décennie.

Entre temps, le fougueux jeune homme avait fait place à un adulte assagi lancé dans une quête spirituelle. Il prônait un retour à la spiritualité africaine et lance le concept Musicosophie un alliage entre musique et philosophie. La providence ne lui aura donné permis d’expliquer ce concept au monde entier. Sa vie s’était arrêter un mercredi hivernal très loin de la terre des ancêtres.