Le Congo bien loin de la banqueroute", assure son président !

Economie
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Le Congo-Brazzaville "est bien loin de la banqueroute" a affirmé son président Denis Sassou Nguesso à l'occasion de la fête nationale mercredi.
Comment comprendre une telle déclaration ? Que signifie « être loin de la banqueroute » ? En tout cas, cette déclaration n’apporte aucun élément factuel permettant d’affirmer que le pays est bien loin de la banqueroute. Tout d’abord la Banqueroute est une infraction pour tout chef d’entreprise qui étant en cessation de paiements continue à gérer l’entreprise ce qui constitue un fait de gestion frauduleuse.
 
 
En Droit OHADA, l’article 226 réglemente les procédures collectives d’apurement des passifs et défini la banqueroute comme une sanction pénale à l’égard du débiteur défaillant afin de dissuader les personnes de commettre de telles infractions mais, également, pour mettre fin à des exploitations déficitaires (on peut dire ici que la compagnie ECAIR est en banqueroute, par exemple).
Pour un Etat, on le sait depuis des siècles que les Etats se mettent en défaut de paiement sur leur dette. Charles Quint en 1559 en est un exemple classique mais la monarchie française a vécu sous la menace d'une banqueroute pendant au moins cent cinquante ans, jusqu'à la Révolution.
 
Donc en déclarant que le Congo est loin de la banqueroute, cela revient à dire que le Congo n’a à ce jour aucune difficulté de financer son " budget».
 
Mais cela jusqu’à quand ? Jusqu’à ce que le renouvellement ou le refinancement de la dette échue pose problème ?
Il est vrai que le Congo s’est lancé sur le marché des « bons de trésor » et, notamment celui des BTA, qui en général est un moyen de financement de la trésorerie qui permet de rembourser la charge financière de la dette qui arrive à échéance.
Est-ce la prévision annuelle du trésor public sur l’émission des BTA (environ 76 milliards de FCA) sert à financer la charge de la dette ? De tout cela nous n’en savons rien.
 
Et, face à cette asymétrie de l’information, le doute sur le refinancement public de la dette congolaise s’est traduit déjà par la demande des investisseurs d'une prime de risque supplémentaire sur les taux d'intérêt (voir les taux d’intérêts des BTA émis par le Congo en comparaison des autres pays de la CEMAC) et par conséquent, l’émission des bons de trésor va accroître progressivement le coût de l'ensemble de la dette publique au fur et à mesure de son renouvellement.
 
En déclarant donc que le pays est loin de la banqueroute, était-ce là une manière de dire qu’au Congo les choses se passent tant bien que mal et que, le pays dispose encore d'un peu d'air et tente de négocier au mieux une phase très délicate avec le FMI.
"Nous négocions avec le Fonds monétaire international dans la confiance et l'observation stricte des procédures", a déclaré le président dans son message à la nation diffusé mardi soir à la veille du 58e anniversaire de l'indépendance.
 
C’est ici où cette déclaration laisse perplexe auprès de tout observateur avisé et même le FMI qui, a d’ailleurs renvoyé le dossier congolais sine die. Car, on y lit que les négociations se font dans la « CONFIANCE ».
 
Ce qui est bien dans la CONFIANCE, c’est la dernière syllabe « FIANCE » comme dans Fiancé. Les fiançailles se scellent non pas seulement avec confiance mais avec AMOUR or, en amour on ne cache pas les faits et les actes frauduleux à son partenaire. Le Congo avait caché une partie de sa dette au FMI. Où est donc cette CONFIANCE ? Et quant à la première syllabe cela ressemble bien à une déclaration faite lors d’un diner de “con” un film français que j’ai adoré!
 
On y lit aussi ceci : "Nous espérons parvenir à un ACCORD qui contribuera sensiblement à améliorer la situation de nos finances publiques", selon le président. Qui peut croire que le seul accord avec le FMI contribuera sensiblement à améliorer la situation des finances publiques ? La gestion des finances publiques relève de la responsabilité gouvernementale qui doit avoir un cadre bien défini de la gestion budgétaire s’appuyant sur un budget voté qui doit être corrigé ou réajusté suivant la situation du pays à travers le collectif budgétaire.
 
Or, de tout cela, rien n’est fait depuis que le Ministre des finances du Congo a annoncé que le budget 2018 voté ne sera pas réalisé et donc l’excédent budgétaire voté dans la Loi de finances initiale ne sera finalement que de moitié.
 
Ce qui est à craindre c’est de voir le pays s’enfermer dans une sorte de « nasse » qui s’ouvrira toute grande au moment où la hausse des taux d’intérêts causera un accroissement du déficit budgétaire qui finira par asphyxier l’économie totalement.
En vérité, le Congo ne peut pas s’en sortir seul de cette « nasse » et il a besoin donc du FMI afin de rendre sa dette soutenable et permettre au pays de tenir ses engagements.
 
Et, pour arriver à cet accord l’exigence du FMI est connue depuis avril 2018 :
« Les autorités congolaises devront entreprendre des réformes audacieuses et immédiates dans le domaine de la gouvernance pour traduire en action la rupture avec les politiques et pratiques du passé proclamée par le gouvernement », précisait alors le FMI, en indiquant notamment qu’une « participation forte de la société civile sera cruciale pour le succès des réformes de gouvernance ».
"Ce n’est donc pas de négocier dans la confiance et d’espérer parvenir à un accord que le Congo parviendra à améliorer sa situation MAIS c’est de mener des réformes sur la bonne gouvernance et sur la lutte contre la corruption que le pays parviendra à rendre la gestion des finances publiques efficace et efficiente".
Par Verlin richard