Après la victoire proclamée de Fatshi La RDC promue à un grand avenir?

Afrique
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Il faudra maintenant reconnaître à Joseph Kabila Kabange, le désormais ancien Président de la RDC, la sagesse de n’avoir pas dépassé la ligne rouge qui lui aurait compliqué la vie. En évitant un passage en force à travers son dauphin Emmanuel Ramazani Shadary qui a subi un véritable revers électoral, il a trouvé la ligne médiane qui l’arrange et qui arrange son pays: le choix de Félix Tshisekedi, fils de l’opposant historique, qui n’a véritablement pas gagné dans les urnes. Outre le fait qu’il arrange Kabila, ce choix comporte aussi une sorte de réparation de l’histoire. Tshisekedi père ayant subi de grandes injustices dans son ambition de conquérir démocratiquement la magistrature suprême.


Le reste ne dépendra plus que de la sagesse des acteurs politiques majeurs de ce pays qui, en réussissant son élection présidentielle alors qu’elle était considérée de tous les dangers, est promu à un grand avenir pour les cinq prochaines années.
Bien sûr, les puritains de la démocratie ne supporteront pas le « hold up électoral » très intelligent opéré par le raïs. On voulait l’alternance démocratique et donc qu’il quitte le pouvoir après l’avoir exercé de main de fer, à la suite de la dictature de son père Laurent Désiré Kabila (1997-2000) qui a conquis le « trône » au bout d’une longue lutte armée contre le pouvoir mobutiste, avec l’appui des pays voisins et des occidentaux. L’alternance est bien là, même si elle porte entorse à la vérité des urnes.


Connue pour son martyr dans le combat pour la justice et les libertés citoyennes, l’héroïque et fervente Eglise catholique de la RDC était encore aux avant-postes de la bataille contre le pouvoir kabiliste, après s’être illustrée des années durant contre la dictature mobutiste. Mais, l’on ne voit pas l’Eglise ravaler son héroïsme historique en allant chercher la vérité des urnes par la réhabilitation de la victoire de Martin Fayulu. Elle va se contenter de l’alternance démocratique que le pouvoir kabiliste a tolérée, même si cette alternance a le défaut de ne pas revêtir la vérité claire des urnes. L’essentiel est que le pays en trouve une respiration apaisante pour tous.


Martin Fayulu ne va pas faire ce qu’il n’a jamais fait dans sa vie : recourir aux armes pour faire reconnaître sa victoire électorale exprimée par le peuple congolais dans les urnes. Son allié Jean-Pierre Bemba, qui a eu ce passé encore frais de chercher à conquérir le pouvoir par les armes, ne recommencera plus, après avoir été sorti miraculeusement des prisons de la CPI (Cour pénale internationale) où on le croyait à jamais locataire. Oui, évidemment, les acteurs de la plateforme Lamuka vont vociférer, recourir à tous les instruments légaux pour tenter d’obtenir gain de cause. C’est normal, c’est démocratique ! Mais, ça s’arrêtera là. Comme à Madagascar.


Les Occidentaux vont se contenter de la tournure prise par le processus électoral en RDC. Ce serait faire courir trop de risques d’instabilité à ce vaste pays fragile, que d’exiger la vérité des urnes. L’Eglise catholique a une tradition inébranlable de garder les secrets. Elle n’aura qu’à garder celui-là.


Un bon poste pour Martin Fayulu et la RDC tournera la page. Ce n’est pas le premier pays africain qui étouffe le verdict des urnes. On cherchait l’alternance démocratique, on l’a eu en demi-teinte. On va s’en contenter. Bref, les intérêts guident la politique des Etats. Le choix de Fatshi est le moindre mal dans le contexte où se trouve la RDC. C’est une alternance cafouillée mais qui vaut d’éviter le pire que l’on redoutait en RDC, à savoir l’implosion de ce grand Congo.


Désormais, si ses dirigeants font preuve de sagesse, c’est un pays qui est promu à un grand avenir dans les cinq prochaines années, en dépit de la situation d’insécurité à l’Est. Il est bien dit: si ses dirigeants font preuve de sagesse.