Négociations avec le FMI - Le Congo se rend-t-il compte qu’il avait enfourché de mauvais chevaux?

Au 1er Plan: Lucien Ebata, Image: DR principal négociateur avec le FMI

Afrique
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Toujours pas de bout de tunnel dans la longue crise économique qui ronge le Congo-Brazzaville, depuis l’effondrement des prix du pétrole à partir du deuxième semestre de 2014 et surtout l’endettement colossal du pays qui a atteint 117% du PIB en 2017. Ce faisant, notre pays, qui demeure à la traine dans la mise en œuvre du plan de sortie de crise concocté par les Chefs d’Etat de la CEMAC (Communauté économique et monétaire d’Afrique centrale) en décembre 2016, à Yaoundé (Cameroun), devient un goulot d’étranglement de la sous-région dont la monnaie, le Franc CFA, est plus que jamais menacée de dévaluation.


Malgré la relance sur l’urgence de mise en œuvre des réformes convenues avec le FMI, lors du sommet d’octobre 2018 à N’Djaména (Tchad), le Congo ne perçoit toujours pas le bout du tunnel dans ses efforts de sortir de la crise qui affecte si lourdement son économie. Au contraire, les effets de la crise se font de plus en plus ressentir, surtout dans le secteur hors-pétrole toujours en récession. Faire une transaction financière de dix millions de francs CFA et plus pour l’étranger est devenu, par exemple, un parcours du combattant. Et pour cause, les réserves d’échanges du pays se sont effritées au fil des mois. Les routes se dégradent et deviennent difficilement praticables. Mais le Gouvernement se montre incapable de les restaurer en temps raisonnable. Ce qui plombe les activités économiques.


Que se passe-t-il donc? Pourquoi le Congo éprouve-t-il autant de difficultés à relancer son économie sur des bases saines? La réponse est en réalité simple: le pays a enfourché de mauvais chevaux pour négocier avec ses partenaires financiers.
Souvenons-nous: avant de recevoir Mme Christine Lagarde, la patronne du FMI, à Washington, le 19 septembre 2017, le Président Sassou avait créé par décret du 15 septembre 2017, une commission chargée de piloter les négociations avec le FMI. Cette commission était composée de deux comités:
- un comité politique dirigé par le Premier Ministre Clément Mouamba et comprenant le Ministre d’Etat Gilbert Ondongo et le Ministre des finances et du budget Calixte Nganongo ;
- un comité technique dirigé par Lucien Ebata, patron d’une société privée Orion Oil et conseiller spécial chargé des financements extérieurs du Chef de l’Etat. Ce comité technique était composé de Rigobert Maboundou, directeur de cabinet du Premier ministre et du directeur des études et de la planification au Ministère des finances et du budget.


Un an et demi après : toujours pas de résultats. Que des raisons avancées!
A l’époque, Congo Tribune avait déjà parlé d’un mauvais choix des cadres qui n’augurait pas de lendemains meilleurs dans les négociations avec le FMI. En effet, parmi ces cadres, il y en a qui ont une réputation sulfureuse en raison de leur passé de gestionnaire. En plus, patron d’une société privée, Orion Oil, opérant dans le pétrole et étant en affaires avec la SNPC (Société nationale des pétroles du Congo), Lucien Ebata se retrouvait dans une position délicate de conflit d’intérêts qui ne pouvait pas ne pas peser sur la perception de son travail à la tête du comité technique. Aujourd’hui, l’histoire nous donne raison. Le Congo a perdu du temps (un an et demi) sans parvenir à un accord avec le FMI.


Par ailleurs, même si c’est un haut cadre de banque et de la finance, le Premier ministre Clément Mouamba ne s’est pas révélé comme un homme politique de poigne capable d’impulser de grandes actions de nature à changer les choses. Souvenons-nous de l’intervention du Député Elvis Okombi-Salissan lors d’une séance d’interpellation du Gouvernement : « Nous voulons que vous fassiez bouger les lignes, Monsieur le Premier ministre », lui avait-il lancé en substance. A la place, le Premier ministre n’a-t-il pas endormi les lignes ? Et c’est le Congo qui boit le bouillon ; et c’est toute une population qui continue de souffrir de la crise économique.
Mais, est-ce sa faute? Arrivé dans un système où prédominent les comportements de prédation, Clément Mouamba n’a sans doute pas voulu prendre les risques de les affronter, en dépit des appels lancinants du Président de la République de lutter contre les anti-valeurs. Il s’est laissé influencer et a préféré surfer sur la vague ambiante, sans doute pour tirer son épingle du jeu.
Mais, c’est l’absence de Lucien Ebata à la réunion de négociations de Paris en janvier dernier, qui a attiré l’attention des observateurs. Il est dit que le FMI lui aurait demandé «de fournir des assurances juridiquement contraignantes que son rôle au sein de l’équipe de négociation du Gouvernement n’est pas en conflit avec son rôle de PDG d’Orion Oil».


A-t-il été désactivé de la direction du comité technique de la commission chargée des négociations avec le FMI? Certains le pensent mais rien n’est aussi sûr. Pourtant, le pays a des cadres jouissant d’une bonne moralité pour défendre les intérêts de leur pays au plan international. Mais, les antivaleurs comme le tribalisme, le clanisme, le sectarisme, le clientélisme politique, etc, qui empoisonnent la vie politique nationale font qu’ils sont laissés sur le banc de touche.


Cependant, une évidence: l’opinion est lasse et fait preuve de désinvolture face à l’incapacité des pouvoirs publics de trouver des solutions à la crise économique. Le débat politique s’envenime autour de ces questions, alors que la perspective de 2021 s’y invite de plus en plus. Dans quelques mois, le Gouvernement n’aura peut être plus la sérénité de négocier avec les partenaires financiers. Il sera secoué par le tsunami du scrutin présidentiel qui arrive avec beaucoup d’interrogations. Surtout que l’Union africaine peut dorénavant exiger le recomptage des voix! "Time is money", qui ne le sait pas!