Congo-Brazza Crise: comment en est-on arrivé là!

Ecoliers congolais en classe. - Image d'illustration - DR

Afrique
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Le Congo-Brazzaville a connu une période de boom pétrolier entre 2004 et 2014. Pendant cette décennie, les budgets annuels de l'État étaient excédentaires. Parmi les décisions à caractère économique prise durant cette période, on peut retenir la municipalisation accélérée des départements, l'ouverture d'un compte à la banque centrale pour les générations futures et la politique de construction de grandes infrastructures de base à travers le pays.


Année après année entre 2004 et 2016, les programmes départementaux de municipalisation accélérée ont transformé l'arrière-pays. Les chefs-lieux de département ont particulièrement connu une certaine urbanisation, avec l'éclairage public, des voiries goudronnées, etc, comme jamais cela n'avait été le cas depuis l'indépendance du pays.


Le programme de construction de grandes infrastructures de base a permis de désenclaver l'arrière-pays. La route Brazzaville/Pointe-Noire, les lignes électriques THT entre Pointe-Noire/Brazzaville et Ouesso, les deux barrages hydroélectriques d'Imboulou et de Liouesso, la Centrale électrique du Congo à Pointe-Noire comptant parmi les fleurons de cette politique de construction des grandes infrastructures de base.


Seulement, ce qui a posé problème, c'est le manque de vigilance dans la gestion publique, pendant cette période rendue faste grâce aux recettes pétrolières garanties par les contrats de partage de production négociés à son époque par le Président Pascal Lissouba.
La gangrène de la corruption s'est facilement installée dans la gestion publique, faisant d'une poignée de hauts fonctionnaires, d'élus, de conseillers, de ministres etc, autour du Président de la République, les nouveaux riches du pays.
Malgré les scandales révélés par les ONGs internationales sur la corruption qui entache la vente du pétrole congolais, le pouvoir n'a rien voulu savoir. L'affaire des biens mal acquis en France a été considérée comme une attaque de nature à nuire aux autorités congolaises.


Chemin faisant, les anti-valeurs étaient devenues comme un sport national auquel se livraient la plupart des autorités publiques à tous les niveaux, au point d'inquiéter le Chef de l'État lui-même. Celui-ci a tiré pour la première fois la sonnette d'alarme dans son discours d'investiture en août 2009, à l'occasion de son second septennat. Aucune mesure concrète de nature à éradiquer les maux décriés ne suivra, malheureusement. Autant dire que la fête a continué, allègrement.


Le Ministère en charge des grands travaux, la SNPC et le Ministère des finances seront visiblement les trois structures qui vont nouer le destin funeste du Congo, lorsque les prix du pétrole se sont effondrés à partir du second semestre de 2014.
C'est un secret de Polichinelle que le Ministère en charge des grands travaux a pratiqué une politique de surfacturation des marchés publics donnant lieu à des rétro-commissions qui ont enrichi sa caste dirigeante. Non seulement la surfacturation a appauvri l'État, mais elle a aggravé son endettement. Tout marché public au-delà d'un milliard de Francs CFA est géré par les grands travaux, structure qui n'a jamais subi un seul audit de ses pratiques et de sa gestion. Ce même esprit d'opacité a entouré l'accord de partenariat stratégique signé avec la Chine. On peut imaginer le reste: le Congo se retrouve avec une dette colossale que ses dirigeants ont dissimulé en partie au FMI, qui a fini par tout découvrir.


La SNPC est la deuxième structure qui a ruiné les ressources financières du pays, à cause de ses pratiques de corruption. Ses dirigeants avaient instauré le système de vendre le brut congolais à bas prix (par rapport aux prix du marché) à des sociétés qui leur appartiennent et celles-ci écoulaient ensuite ce brut aux prix du marché, empochant de gros bénéfices au passage. En réalité, c'est l'argent du Congo planqué dans des paradis fiscaux.


L'autre pratique de la SNPC a consisté à monter de grands projets d'investissement, pour rechercher des emprunts gagés sur le pétrole. Cette pratique est au cœur de la crise que nous subissons, car, malgré la remontée des prix du pétrole, le Congo-Brazzaville est condamné à rembourser d'abord ses dettes gagées sur le pétrole et pour l'instant, la remontée des prix du pétrole n'a pas d'impact dans les recettes de l'État. Malgré l'éviction de son directoire, la SNPC a toujours refusé l'audit de sa gestion passée. Et pourtant, à l'heure de la lutte contre la corruption, il faut bien établir les responsabilités.


Enfin, le Ministère des finances a manqué à son devoir de contrôler les marchés publics, laissant les finances publiques être obérées par la surfacturation pratiquée par les grands travaux. Sa responsabilité est aussi établie dans les dettes gagées sur le pétrole, en les avalisant, et dans l'utilisation, sans autorisation du Parlement, des fonds des générations futures.
Par ailleurs, le Ministère des finances a coopéré étroitement aux marchés publics confiés à la société brésilienne Asperbras-Congo (Zone industrielle de Maloukou, Projet eau pour tous, construction de 12 hôpitaux départementaux, projet de cartographie minière du Congo) qui ont été surfacturés, pour garantir des rétro-commissions aux autorités congolaises.
Voilà qui explique la dette publique congolaise à 117% du PIB. C'est là où le bas blesse dans la crise économique que traverse le Congo, avec des conséquences sociales dramatiques comme la grève dans les structures publiques de santé et dans le monde de l'éducation.


Lundi 1er octobre 2018, les enfants ont renoué avec le chemin de l'école, alors que l'État n'a pas pu assurer le salaire de septembre à ses fonctionnaires qui attendent de le toucher peut-être cette semaine.
La lutte contre la corruption au Congo sera vaine, si jamais les trois structures (Grands travaux, SNPC et Ministère des finances) ne subissent des audits sur leur gestion passée, pour en tirer les leçons qui s'imposent, afin que dans l'avenir, le pays ne soit plus victime de pratiques de gestion corrosives, qui ruinent ses finances.

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