SNE/SNDE: Le cafouillage du Gouvernement mis en échec?

Société
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Les secteurs de l'électricité et l'adduction d'eau potable sont de grands pourvoyeurs d'emplois dans une économie nationale. Et pour un pays en développement appelé à développer ces deux secteurs sur toute l'étendue du territoire national, une politique de gestion publique efficace et efficiente ne peut que se traduire par un nombre important de création d'emplois dans ces secteurs. 
Au Congo-Brazzaville, c'est tout le contraire qui se manifeste, en dépit des investissements colossaux que réalise l'État dans ces deux secteurs qui demeurent sous le monopole de fait de deux sociétés publiques comparables, depuis les années 80, à des bras cassés. Et pour cause, non seulement le service fourni est d'une qualité en dessous de la moyenne, mais encore les deux sociétés nationales qui opèrent dans ces deux secteurs sont chroniquement déficitaires. Elles dépendent de l'État pour leurs investissements et parfois même leur fonctionnement. Mal gérées, elles sont beaucoup plus considérées comme des vaches à lait pour les lobbies qui les tiennent sous contrôle.


Prenons le cas de la SNE: l'État réalise les grands investissements: barrages hydroélectriques; centrales thermiques; lignes de transport d'électricité, postes de relais, de transformation etc. Tout est fait par l'État et la SNE n'a plus qu'à gérer. Et pourtant, elle est toujours déficitaire. La faute? A une gestion opaque. Quand bien même ce sont des entreprises publiques, elles ne publient jamais leurs bilans annuels et l'analyse pas leurs contre-performances. Il est difficile de saisir leur réalité du point de vue statistique: personnels, nature et durée des contrats de travail, poids de la masse salariale; cotisations sociales, chiffre d'affaires, investissements finances, bénéfice, pour ne prendre que ces aspects. 


Ce sont des entreprises devenues de grosses administrations où parfois des anciens directeurs peuvent continuer à être payés pendant des années. L'efficacité, l'efficience, la performance, etc, sont des qualités qui sont loin de leur culture de gestion. Elles n'ont pas de politique commerciale et de marketing pour attirer la clientèle. Jouissant du monopole de fait, elles n'ont que la répression parfois sauvage contre leurs clients indélicats: coupure au poteau, démontage des installations, refus de dialogue surtout en cas d'incendie d'origine électrique, etc. Ce qui fait qu'une partie de la clientèle n'hésite pas à développer aussi des méthodes sauvages pour se servir: branchements pirates, corruption des agents, tripatouillage des compteurs, des clients qui changent d'adresses en laissant des factures impayées, des abonnements aux noms des cadres et agents de la société, pour bénéficier de la gratuité, etc. Le plus gros client, l'Etat, et ses démembrements (institutions, services publics, parapublics, collectivités locales, administrations et même individualités investies de l'autorité publique...) ont développé une posture d'insolvabilité, sous le principe de la gratuité de l'eau et de l'électricité, entraînant des abus impossibles ou difficiles à réprimer.


C'est dans ce climat de violence, de brutalité, de cafouillage que ces sociétés évoluent, au grand dam de leur politique commerciale.
De temps à autres, suivant les régimes à la tête de l'État, le Gouvernement l EUR décroché une assistance technique extérieure, et alors des efforts sont faits. Mais, dès que l'assistance technique s'arrête, les anciennes habitudes reprennent le dessus.
Il est clair que la solution passe par les réformes. Le Gouvernement a bien fait de viser un tel objectif. Mais, quelles réformes et comment les mettre en oeuvre? Les réponses à ces questions conditionnent le succès des réformes. Il faut dire que toute réforme à des impacts technique, politique, économique mais surtout social et culturel. Ce qui fait que les réformes se heurtent toujours à des résistances socio-culturelles qui peuvent être politisées.


Pour réformer les deux sociétés, de véritables géants aux pieds d'argile, le Gouvernement a opté pour leur dissolution et leur remplacement par de nouvelles sociétés constituées avec l'apport de partenaires nationaux et internationaux. Seulement, le terrain n'a pas été préparé à ces réformes. En effet, sans information préalable, sans sensibilisation des personnels de ces deux sociétés, le Gouvernement a engagé à la va-vite le processus de leur dissolution. Le 2 février 2018, le conseil des ministres adopte le projet de loi de dissolution de la SNE et la SNDE et quelques jours après, le parlement l'a voté. Puis, silence radio pendant des semaines. En réalité, le Gouvernement n'avait pas préparé les projets de loi portant création des nouvelles sociétés devant les remplacer.
C'est à travers les médias sociaux qu'une nouvelle a été diffusée sur deux nouvelles sociétés pour remplacer la SNE (Société Nationale d'Électricité) par la EEC (Énergie Électrique du Congo) et la SNDE (Société Nationale de la Distribution d'Eau) par LCE (La Congolaise des Eaux). Un décret portant nomination de nouveaux conseils d'administration des deux sociétés à été publié. A quel moment ces deux sociétés ont-elles été créées? On ne sait pas. Mais, le 30 juillet dernier, les travailleurs de l'ex SNDE se sont opposés à l'installation du nouveau directeur général.


«Nous ne sommes pas contre les réformes, mais la procédure mise en place par le Ministère de l’energie et de l’hydraulique s’écarte des clauses soumises par les représentants des syndicats au comité chargé de suivre des réformes», avait expliqué un cadre de cette société au nom des travailleurs. Cet incident assez significatif du malaise qui règne dans ces sociétés traduit simplement l'échec de la politique de réformes menée par le Gouvernement qui n'explique rien ni à l'opinion ni aux personnels des sociétés concernées. Apparemment, les réformes ne visent qu'à mettre de nouvelles personnes à la tête de ces sociétés pour en prendre le contrôle, dès lors que même déficitaires, elles brassent quelques milliards de Francs CFA dans leurs fonctionnements. La dissolution de la SNE et de la SNDE risque d'être un coup d'épée dans l'eau, car le Gouvernement n'avait pas réellement prévu le projet des entités remplaçantes. Les parlementaires, qui ne prennent pas le risque de demander des comptes au Gouvernement, regardent faire. 
Gouverner c'est prévoir, dit-on. Au Congo, c'est plutôt la navigation à vue et c'est très dommage, car derrière ces échecs de politiques publiques, ce sont des familles entières qui sont condamnées à la précarité et un service public qui ne s'améliore pas.